Lady Sir, journal d’une aventure musicale – Fred Bernard

Cet article est paru dans le numéro de setembre 2017 de l’Orient Littéraire, supplément littéraire mensuel du quotidien l’Orient-Le Jour. Il est disponible sur le site de l’Orient Littéraire à cette adresse:

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6974

 

9782344022719-LFin des années 90 : l’adolescence francophone découvrait les couplets entêtants du groupe Louise Attaque et les consonnes grésillantes de la voix de son chanteur emblématique Gaëtan Roussel. Depuis, et tout en poursuivant par intermittence l’aventure Louise, Gaëtan Roussel multiplie les escapades, se déployant dans des projets en solo ou en collaboration. Or voici qu’il forme, en 2017, un groupe-duo, sobrement nommé Lady Sir, avec l’actrice d’origine algérienne Rachida Brakni. Sur des textes écrits par la comédienne et qui balancent allègrement entre le français et l’arabe, Gaëtan Roussel pose ses mélodies qui vibrent avec apaisement et dansent sans excès.

 

Or voici que le groupe fait appel à un auteur de bande dessinée qu’il charge de suivre l’enregistrement de l’album. Le choix se porte sur Fred Bernard, qu’aucun membre du groupe ne connaît : mais un studio d’enregistrement est par définition un lieu de rencontre : le livre qui en découle, Lady Sir : journal d’une aventure musicale ne cessera de le rappeler.

 

Le parcours de Fred Bernard est double. C’est d’abord du côté des albums illustrés qu’on connait sa plume. Plus d’une vingtaine d’albums sont le fruit de sa longue collaboration avec son compère François Roca, illustrateur au style peint classique et somptueux. Mais c’est en bande dessinée qu’il mène sa carrière d’auteur complet, usant d’un trait au contraire lâché, décontracté à l’extrême et qui sacrifie volontiers la construction à la fraîcheur. Sa série Jeanne Picquigny, aux épisodes fleuves, mêle la grande aventure à l’humour, parfois tendre, souvent caustique.

 

Au fil des semaines durant lesquelles il accompagne Lady Sir, l’auteur voit son affection grandir pour les membres du groupe. L’attention délicate aux petits gestes et aux mots de chacun ne trompe pas sur cette amitié naissante. Aux scènes contemplatives succèdent des pages surchargées de notes abondantes. L’album est un carnet intime sans cadenas, à peine voilé derrière des allures de récit.

 

Le long des pages, Fred Bernard y restitue cette atmosphère de joyeuse concentration dans laquelle baignent les séances de studio, durant lesquels on use, pour se faire comprendre, d’un vocabulaire qui hésite entre la précision de la technique et la poésie des images.

 

Un chapitre marquant nous reste en mémoire : sur une quinzaine de pages, Fred Bernard déploie les vies des membres du groupe, sous la forme d’un jeu de l’oie dans lequel chaque case raconte un épisode charnière de leurs parcours respectifs. Il y mêle aussi le sien, lui qui fait désormais partie de la famille. Tout cela, nous l’aurons deviné, menant en fin de jeu à leur rencontre. Il aurait suffi, on le comprend, qu’une case varie pour que la rencontre n’ait pas lieu.

 

Mais elle a eu lieu. Alors, la lecture de l’album de Fred Bernard achevée, fermons les yeux et écoutons les voix mêlées de Gaëtan et Rachida passer d’un vers à l’autre du français à l’arabe comme s’il n’y avait rien de plus naturel.

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