La longue marche des éléphants – par Nicolas Dumontheuil et Troubs

Cet article est paru dans le numéro de juillet 2017 de l’Orient Littéraire, supplément littéraire mensuel du quotidien l’Orient-Le Jour. Il est disponible sur le site de l’Orient Littéraire à cette adresse:

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6918

 

Couv_302173Le Laos était autrefois appelé Lan Xang : le royaume du million d’éléphants. Autant dire que leur extinction programmée fait réagir. L’idée d’une étonnante expédition, destinée à éveiller les consciences, germe alors dans l’esprit des animateurs de l’association ElefantAsia : faire circuler, des mois durant, de village en village, un groupe d’éléphants. Une longue route, jalonnée d’escales, durant laquelle l’imposante présence des pachydermes marque les esprits.

 

Pour rendre compte du périple, l’association souhaite qu’un auteur de bande dessinée accompagne le convoi. Si des dessinateurs habitués à l’exercice du récit de voyage sont d’abord pressentis (l’un d’eux, Troubs, complètera l’album d’un récit tendre et engagé sur le quotidien de l’association en seconde partie d’ouvrage), ce sera finalement un auteur que l’on connait mieux pour ses récits de fictions foisonnants qui fera le voyage : Nicolas Dumontheuil.

 

Tout le long du trajet, les membres de l’expédition balancent entre étonnement et inquiétude face au dessinateur : jamais Dumontheuil ne sort son carnet de croquis. C’est qu’en bon auteur de fiction, Dumontheuil est plutôt du genre à digérer le voyage et re-construire ensuite le récit à sa manière, à son retour. Alors même qu’il rend compte d’une réalité éprouvante qu’il a vécue de l’intérieur (nous pouvons imaginer les difficiles conditions de cette laborieuse route à pieds aux côtés d’animaux parfois imprévisibles), ses planches se libèrent des soucis du témoignage direct, respirent le bon air des souvenirs amusés et gagnent d’autant plus en fraîcheur.

 

Derrière la bienveillance d’un récit qui, somme toute, reste fidèle à l’engagement louable de ses commanditaires, se laisse deviner un tempérament d’auteur habitué à un ton plus débridé.

Et la bibliographie de Dumontheuil refait alors surface. Dumontheuil a bâti une œuvre à la fois inquiétante et drolatique. On se souvient de son Qui a tué l’idiot ?, plongée dans la folie collective d’un village. Fellini n’était pas loin. Revient également en mémoire sa version délirante et sans concession de l’univers du western, dans la série Big Foot.

 

Nicolas Dumontheuil sert dans cet album la cause de la préservation des éléphants avec tendresse, humour, efficacité et un sens savoureux de la mise en scène des décors naturels dont il rend les formes malléables à souhait. Pourtant, et pour rester dans le même registre du récit de voyage d’éléphants, on ne peut s’empêcher de l’imaginer adapter une œuvre dont l’étrangeté lui siérait et qui n’est pas sans rappeler son aventure laotienne, tant par le titre que par le contenu : Le Voyage de l’éléphant de José Saramago. Un roman narrant la longue route menée par un éléphant, chichement escorté à pieds de Lisbonne jusqu’à Vienne, car choisi pour être le cadeau qu’offre le roi Dom Jao III du Portugal à l’archiduc Maximilen. Nicolas Dumontheuil trouverait un terrain de jeu à sa mesure dans la langue malicieuse de Saramago, sa drôlerie grinçante et sa grammaire aux limites du raisonnable.

 

Les images de cet article sont copyright Nicolas Dumontheuil et les éditions Futuropolis.

 

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