Toutes les mers- Michèle Standjofski

Cet article est paru dans le numéro de mars 2017 de l’Orient Littéraire, supplément littéraire mensuel du quotidien l’Orient-Le Jour. Il est disponible sur le site de l’Orient Littéraire à cette adresse:

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6816

 

9782374180267_1_75C’est un peu comme si nous savions qu’il viendrait. Oui, Michèle Standjofski allait sortir, un jour, un album de bande dessinée généreux et touchant. Aujourd’hui qu’il est entre nos mains, sous le bel écrin que lui ont concocté les éditions Des ronds dans l’O, il apparaît comme une évidence. Mais peut-on parler d’évidence lorsqu’à sa lecture, on semble découvrir une personne qu’on croyait mieux connaître ?

 

Une première partie de Toutes les mers revient sur le parcours des aïeux de l’auteure, nés tour à tour à Beyrouth, Moscou, Belgrade ou Istanbul. Des parcours sinueux, autant faits de petits riens que de grands chamboulements. Cette façon de mettre les anecdotes triviales et les grands moments de l’Histoire sur un même pied d’égalité, ne cherchant pas à émouvoir le lecteur davantage par le récit d’un événement majeur que par une drôlerie du destin rappelle le goût de Michèle Standjofski pour tout ce qui compose des individualités.

Mais le récit prend son rythme de croisière et se déploie dans une seconde partie, lorsque le 13 juin 1960 arrive, et que nait la petite Michèle. L’ode aux mélanges des premiers chapitres est alors totalement incarnée dans cette petite fille vivant au Liban et constatant chaque jour ses différences. Petit à petit, comme un pays bien à elle, elle s’entourera d’une tribu de bienveillants.

 

Au-delà de la filiation, c’est aussi un album sur les âges. La force du récit tient beaucoup dans le dosage troublant et beau entre ce qui change et ce qui, au fond, reste intact entre la petite fille que son grand-père initie au dessin, l’adolescente plongée dans la guerre civile libanaise, ou la jeune maman qui, du jour au lendemain, se met à craindre pour son enfant les bombardements qu’elle défiait avec une certaine désinvolture la veille.

 

Michèle avoue volontiers avoir attendu qu’une certaine légèreté dans le ton s’impose avant de se lancer dans la réalisation d’un album autobiographique. Cette envie de ne pas faire de livre pesant est en soi appréciable. Ce que nous raconte Michèle, tant dans le parcours de sa famille que dans le sien n’est pas toujours rose. Mais d’où vient cet étrange sentiment d’être constamment rassuré à la lecture de l’ouvrage ?

 

Le choix, pour dessiner, d’opter pour des crayons de couleurs, outil de patience, y est pour beaucoup. Derrière chaque image, on imagine le geste lent. Sur chaque propos, le temps semble être passé.

 

L’album aurait dû s’appeler Partir ou rester. Ce premier choix, jugé trop descriptif, laissera la place à Toutes les mers. Les deux titres semblent se répondre et dire : ici, ailleurs, partout, tant qu’on a autour de soi une petite bulle, belle, à la fois solide et perméable. Partir ou rester pourra rester une question titillante, mais on n’attendra pas d’y répondre pour être soi.

 

C’est un peu ce que semble se dire Michèle, en couverture, surplombant Beyrouth avec une distance apaisée mais, par un heureux jeu de perspective, gardant la tête dans l’eau invitante de la mer, et, toute bleue par contre-jour, semble un peu lui appartenir.

 

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Les images de cet article sont copyright Michèle Standjofski et les éditions Des Ronds dans l’O.

 

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