Revoir Paris

Cet article est paru dans le numéro de décembre 2016 de l’Orient Littéraire, supplément littéraire mensuel du quotidien l’Orient-Le Jour. Il est disponible sur le site de l’Orient Littéraire à cette adresse:

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6721

Décors d’atelier. Sur une grande table, trainent des crayons ayant, à des degrés divers, déjà bien servi. Un homme dessine avec patience, tout entier présent à son ouvrage. En fond sonore, la mine qui se frotte au papier, la gomme qui racle le grain, la plume qui, selon que la ligne tracée soit courbe ou anguleuse, gratte la surface avec une rudesse différente. On pourrait fermer les yeux, et, par ces sons, ressentir ce qu’il y a de physique dans l’acte de dessiner. Le dessinateur peaufine au crayon une structure architecturale fantastique, complexe, la fixe ensuite à l’encre noire, et, alors que la lumière décline dans un jeu de mise en scène qui signifie le passage du temps, y appose des couleurs aux teintes orangées.

Il s’agit de François Schuiten, dessinateur de la série Les Cités obscures, sur des scénarios de Benoît Peeters. L’œuvre : l’affiche d’une exposition commune, « Machines à dessiner », qui se tient actuellement au Musée des arts et métiers à Paris, alors que le duo clôt, aux éditions Casterman, son diptyque Revoir Paris. Cette vidéo a connu un succès considérable et a été vue et partagée par des centaines de milliers d’internautes.

img_2282

Au-delà de l’artiste, au sommet de son inventivité, il y a dans cette scène tout ce qui caractérise l’artisan et qui a un écho puissant dans un monde où l’efficacité tend à primer sur la manière. Or, de la manière découle une âme, et de l’acte artisanal, physique, patient, maitrisé et respectueux découle, osons l’extrapolation, une façon de vivre.
Cette attitude, on la retrouve sur le diptyque Revoir Paris. Les deux albums questionnent, sur plus de 120 planches, le fantasme que les grands projets urbains inspirent et qui a si souvent nourri le travail de Schuiten et Peeters. Si bien qu’à travers cette histoire, c’est un peu leur parcours dans son ensemble qui est éclairé par une réflexion nouvelle.
Nous sommes en 2156. Kârinh habite sur l’Arche, station résidentielle spatiale sur laquelle une partie de la population terrienne s’est réfugiée, fuyant une planète devenue insalubre. Or Kârinh rêve de Paris. Elle y est attachée par un lien d’abord sanguin, puisqu’elle est née d’un père parisien, puis de l’esprit, fascinée qu’elle est par ses lectures : Robida, Jules Vernes et d’autres rêveurs dont Paris a été un tremplin vers l’imaginaire.


Envoyée sur Terre par l’Arche, accompagnée d’une délégation dont les motivations lui échappent, elle découvre un Paris inhabitable, qui semble découler des excès du Paris contemporain : une ville musée, cloisonnée et constamment sous la menace.

Son périple sur Terre constituera un passage vers l’âge adulte, puisqu’elle devra briser le filtre de ses rêves d’urbanisme fantasmé et rester elle-même malgré cette lucidité nouvelle.

Les histoires de Schuiten et Peeters sont des jeux de l’esprit, pourtant habités par des personnages attachants et incarnés. Ce récit, dans lequel fantasmes et réalité se nourrissent l’un l’autre dans un cercle tantôt vertueux tantôt destructeur, ne fait pas exception.

Pour visionner la vidéo de la conception de l’affiche de l’exposition Machines à dessiner: https://vimeo.com/187215923

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s