Manuele Fior – Le chemin vers Orsay

Article paru dans le numéro d’octobre 2016 de l’Orient Littéraire, et disponible à cette adresse sur le site du journal :

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6662

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C’est d’abord à une carrière d’architecte que Manuele Fior se destine. Il fait pourtant en 2004 une première incursion dans la bande dessinée. L’album Les Gens le dimanche, générationnel, met en scène cette jeunesse estudiantine des années 2000 qui efface les frontières de l’Europe. Le personnage principal, on le devine, est un double de l’auteur.
Ce premier album paru, et sans abandonner l’architecture, Manuele Fior consacre alors le plus clair de son temps à la bande dessinée. Il propose en 2006 Icarus, ambitieuse variation de 150 pages autour des mythes de Dédale et d’Icare. C’est un récit dense, complexe, référencé, chargé de symboles, appuyé par un style graphique brut fait de taches lâchées de rouge et de noir.
Manuel Fior impose d’emblée une narration à laquelle une première lecture ne peut suffire. Ce sont des récits auxquels on n’accède pleinement que par la relecture et qui semblent pensés pour être ainsi redécouverts par passages successifs.
Avec Mademoiselle Else, en 2009, adaptation d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler, Manuele Fior nous apparaît porté vers une représentation des corps, des visages et des gestuelles qui n’est pas sans évoquer les œuvres de grands affichistes du début du XXe siècle.
Récompensé en 2011 par le prix du meilleur album au festival de la bande dessinée d’Angoulême pour son album 5000 kilomètres par seconde, il enchaîne avec L’Entrevue, vaste récit chorale, mystérieux, au noir et blanc granulé, dont on se prend à imaginer une projection des cases, l’une après l’autre, sur l’écran d’un cinéma, tant la parenté de cet album au septième art semble évidente.
Mêlant constamment une narration contemporaine à des références à l’Histoire des arts dont il semble imprégné, il n’est dès lors pas étonnant de le voir, dans son dernier album, Les Variations d’Orsay, rendre hommage à ces peintres qui, de Degas à Renoir en passant par Pissarro, ont marqué une rupture nette avec les conventions dans la seconde moitié du XIXe siècle.

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Cet album, collaboration entre les éditions Futuropolis et le Musée d’Orsay, est une balade qui fonctionne sur le principe des associations d’idées : s’enchaînent, le long d’un fil fragile et ténu, des scènes contemporaines de visite du Musée, des morceaux de vie de grands peintres ou des plongées oniriques dans leurs toiles. Une narration proche du rêve dont on ne sait si elle provient d’une écriture instinctive ou au contraire très charpentée.
Les Variations d’Orsay sont également un festival de tons : alors que certains personnages sont mis en scène telles des icônes, d’autres se présentent dans une attitude proprement satirique. Il en va de même pour le langage, tantôt noble, tantôt empreint d’une brusque familiarité. Ces ruptures de tons servent souvent de transitions dans le récit pour passer d’une époque et d’une rêverie à l’autre.
Cet hommage amoureux aux grands peintres d’Orsay s’inscrit joliment et de manière cohérente dans une carrière qui puise ses sources d’inspirations bien au-delà de la seule bande dessinée.

Toutes les images de cet article sont copyright Manuele Fior et les éditions Futuropolis

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