Retour sur des histoires de Cosey (2): La rencontre entre Porridge et Lahl

48772Entre 2005 et 2006 paraissaient aux éditions Dupuis les deux volumes du diptyque Le Bouddha d’Azur.

Le récit suit les pas de Gifford, alias « Porridge », jeune adolescent anglais qui, suite à un accident de la route en pleines montagnes himalayennes, est recueilli dans un monastère tibétain. Il y nouera des amitiés, s’initiera à la vie monastique et rencontrera Lhal, une jeune fille, réincarnation d’une figure sacrée tibétaine et que l’on destine à suivre le mode de vie codifié lié à son statut.

Un parcourt éditorial sinueux

L’album paraît d’abord en deux volumes dans la collection Empreinte(s) , de Dupuis. Empreinte(s) est un label généralement dédiée à des séries pensées pour un lectorat adolescent. C’est une première pour Cosey, habitué de la collection Aire Libre, que son diptyque Le Voyage en Italie avait d’ailleurs inaugurée en 1988.

L’idée de placer Le Bouddha d’Azur dans une collection ciblant un public plus jeune allait de pair avec une prépublication du diptyque en épisodes dans le journal Spirou.

Pourtant, Cosey n’avait pour cette nouvelle histoire, pas plus que pour ses précédents albums, destiné ce récit à une tranche d’âge particulière. Il n’était donc qu’à moitié à l’aise avec le label Empreinte(s). Le tir fut corrigé  dès la parution du Bouddha d’Azur en édition intégrale, logiquement re-labélisée Aire Libre.

Une complicité amusée

Le Bouddha d’Azur est avant tout une histoire d’amour.

Une scène retient notre attention: le premier dialogue entre « Porridge » et Lahl. La scène se situe autour d’une source thermale. Lahl se baigne, et « Porridge », debout sur la rive, la regarde secrètement. La fumée que dégage la chaleur de l’eau enveloppe la scène d’une atmosphère hors du temps.

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Une très belle édition du Bouddha d’Azur, grand format et en noir et blanc, est proposée par la librairie suisse Raspoutine.

D’une case à l’autre, et alors que la caméra se situe tour à tour du point de vue de « Porridge » puis de Lahl, le second personnage, caché derrière les brumes, n’apparait chaque fois qu’en silhouette. Ce n’est qu’au dernier strip de la planche, lorsque les personnages se font enfin face et communiquent, que « Porridge » et Lahl apparaissent tous deux en toute clarté.

La tension que pourrait avoir la scène est vite désamorcée par une propension des personnages à chercher une complicité amusée.

« Porridge » annonce sa présence en poursuivant la chanson des Beatles que Lahl fredonne maladroitement. La jeune fille, surprise, se cache sous l’eau. « Porridge » insiste dans son intension de dédramatiser la scène, en faisant preuve d’une certaine autodérision autour de son pseudonyme. Ce qui ne manque pas de faire sourire Lahl.

Cette complicité amusée, Cosey la cherche aussi avec son lecteur. Dans un dossier de presse proposé par Le Lombard lors de la sortie du dernier album de sa série Jonathan (http://www.maisondelabd.com/images/2013/expos/DP_COSEY_2013.pdf), il s’exprimait en ces termes:

Comment les idées de scénario vous viennent-elles ?

D’abord par la recherche de mon propre plaisir et par le biais d’idées amusantes. Ce qui n’exclut pas  l’anxiété parce qu’il est très difficile de s’amuser. C’est beaucoup plus facile de souffrir, de travailler dans la peine. C’est un cliché mais une réalité. Trouver une bonne idée qui selon mes critères amuse  les lecteurs, c’est rare.

Les rencontres amoureuses au bord de l’eau

Les scènes de rencontres amoureuses se situant au bord de l’eau ne sont pas rares chez Cosey.

Souvenons-nous, dans À la recherche de Peter Pan, du personnage principal, Melvin, découvrant pour la première fois Evolena, de qui il tombera vite amoureux, alors qu’elle se baigne dans un lac.

Dans Le Voyage en Italie, Art retrouve son éternel amour de jeunesse, Shirley, sur une plage, alors qu’il sort tout juste de l’eau.

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La scène de semi-adieux entre Jonathan et le colonel Li, dans Celui qui mène les fleuves à la mer, douzième album de Jonathan et qui dévoile plus que toute autre les sentiments que les deux personnages partagent, se situe également au bord d’un lac.

C’est également en sortant d’une piscine,  que le personnage de la nouvelle Only Love can break a heart (extrait de l’album Une Maison de Frank Lloyd Wright), fait la connaissance de la femme âgée qui partagera avec lui une journée qui, au fond, n’est pas si éloignée que cela d’une rencontre amoureuse. Journée qui s’achèvera par ailleurs au bord d’un lac.

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Peut-être n’est-on jamais autant « entre nous » que dans les grandes étendues. Et si l’on parle souvent de la représentation de la neige chez Cosey, les scènes d’eau font souvent figure de coeur battant de ses histoires.

Retour sur deux couvertures de Cosey pour Spirou 

Cosey n’avait jamais, avant Le Bouddha d’Azur, pré-publié d’album complet dans le journal Spirou. Voici pourtant deux couvertures mémorables qu’il a réalisées pour l’hebdomadaire:


L’une, à l’occasion d’une refonte du journal, représente Spirou, Fantasio et le Marsupilami au Tibet, dans un style semi-réaliste savoureux, qui pourrait laisser rêveur quant à un possible album de Cosey dans la collection « Le Spirou et Fantasio de… ».
La seconde, à l’occasion de la publication dans le journal Spirou de l’histoire Une petite tulipe rose (extraite de l’album Une Maison de Frank Lloyd Wright), est une amusante illustration de l’idée de faire l’impossible par amour.

Toutes les images qui illustrent cet article sont copyright Cosey et les éditions Dupuis.

 

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