Retour sur des histoires de Cosey (1): Sur l’île

 En 2003, paraissait Une Maison de Frank Lloyd Wright et autres histoires d’amour, sixième album de Cosey de la collection Aire Libre de Dupuis.

Cosey s’y essayait à un format d’histoires courtes. L’album est constitué de quatre « nouvelles » d’une quinzaine de pages, revisitant chacune à sa manière le thème de la rencontre amoureuse.

Pour raconter beaucoup en peu de pages, Cosey use dans cet album d’un merveilleux sens de la synthèse et de l’ellipse. Le défi n’est pas évident mais quinze pages suffisent chaque fois à installer des liens complexes, subtils, joueurs et complices entre les personnages.
La dernière de ces quatre histoires, Sur l’île, raconte le retour d’un homme sur l’île de son enfance. Retrouvant des lieux et des gens changés par le temps, il se souvient des moments semi-clandestins qu’il avait autrefois passés là, enfant, avec une fille depuis perdue de vue. Entre autres facéties, ils avaient tous deux l’habitude d’entrer par effraction dans une grande maison dont le principal attrait résidait dans l’impressionnante collection de bande dessinées qu’elle abritait.

Au-delà du simple hommage aux séries de BD de notre enfance, Sur l’île est aussi une histoire sur les liens de complicité qui se créent entre les deux personnages à travers ces lectures communes.

La lecture, qu’on présente généralement comme une activité solitaire, intime, devient ici un terrain de jeu, une activité trépidante (car clandestine) et partagée.

Dans cette nouvelle, le format court semble aussi encourager les expériences graphiques. Pour le lecteur habitué, Cosey opère avec Sur l’île un visible pas de côté vers plus de schématisation et de stylisation.


On sent que Cosey change, dans cette histoire, son rapport à la documentation photo.

La photo occupe généralement une place centrale dans son travail, tant au niveau du scénario (ne bâtit-il pas ses histoires sur les traces de ses voyages?) que du dessin. Dans Sur l’île il compose ses images avec une liberté nouvelle, et situe l’action dans un lieu non défini.

 

Des routes aux courbes qui semblent fantasmées

Plus que jamais aussi, il use de ces noirs qui plongent dans une obscurité totale une grande part de ses décors. Au lecteur de rêver ce qui est invisible.

C’est aussi comme ça, à force d’imagination, que dans l’esprit du lecteur, quinze pages semblent cent.

 

On parle souvent des blancs de ses décors enneigés, mais Cosey est également un grand dessinateur de noir

Toutes les images qui illustrent cet article sont copyright Cosey et les éditions Dupuis.

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