Pandora: Une nouvelle revue (à suivre…)

Article publié dans le numéro de juin 2016 de l’Orient Littéraire, supplément mensuel du quotidien L’Orient le Jour et disponible sur le site du journal à cette adresse:

http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6533

1978 : les éditions Casterman lancent la revue (À Suivre…), offrant un espace de création à des auteurs de bande dessinée voulant donner au medium une aura littéraire : des paginations amples, un noir et blanc noble. Faire de la bande dessinée, pleinement, tout en se donnant la possibilité d’avoir l’ambition du roman.

 

Symbole d’une phase transitoire, la revue cessa de paraître dans les années 90, laissant une frange du neuvième art poursuivre, en albums, cette mutation de laquelle découlera l’appellation aujourd’hui courante de « roman graphique ».

 

Après vingt ans de silence, Casterman fait aujourd’hui son retour dans la presse avec une nouvelle revue, bi-annuelle cette fois-ci : Pandora.

 

Pandora-Tome-1-Casterman
C’est Bastien Vives qui illustre la couverture du premier numéro

Casterman reprend, comme un clin d’œil, l’idée de donner pour titre à une revue le nom d’un personnage secondaire de séries cultes (souvenons-nous des revues Linus ou Charlie, dans les années 60). Pandora est cette jeune femme qui, la première, dévoila aux lecteurs le romantisme pudique de Corto Maltese à la fin de La Ballade de la mer salée. Celle qui, quelques années plus tard, dans Les Celtiques, offrit à la série ses cases de silence les plus chargées, lorsque Corto, mi-mélancolique mi-amusé, comprit que le destin les avait séparés pour de bon.

 

Voilà donc Pandora. Une revue qui naît à une époque où les lecteurs sont habitués à lire, en albums, de longs récits sans les découper en tranches dans des périodiques de prépublications. L’idée même de récits à suivre paraissait donc un peu désuète. Restait la seconde composante des grandes revues de bande dessinée : les histoires courtes. Pandora en est exclusivement constituée.

 

Casterman souhaite une revue ambitieuse. Dans ce premier numéro, portant le sous-titre Ni animal, ni machine. Juste humain, le casting a de quoi impressionner. À l’international : Katsuhiro Otomo, l’auteur du mythique Akira qui fit entrer avec éclat la bande dessinée japonaise en France dans les années 80 côtoie Art Spiegelman, chantre de l’underground américain ou l’esthète Lorenzo Mattotti. Du côté franco-belge, et parmi d’autres, Christian Rossi poursuit l’exploration de la mythologie qu’il avait entamée des années plus tôt avec Serge Letendre en livrant une réflexion troublante sur le personnage d’Hélène, Jean-Claude Götting livre un récit qui vire du gris clair au gris foncé, tant dans le dessin que dans le ton, et le croqueur de vie Jean-Louis Tripp raconte les premiers pas de la sexualité adolescente…

 

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Extrait d’une histoire courte dessinée par Johan de Moor

Cette logique des histoires courtes semble pousser chaque auteur à vouloir proposer un récit marquant, de ceux dont l’empreinte s’efface difficilement. Ce jeu est révélateur de l’attitude de chacun. Alors que les Otomo, Mattotti ou Rossi, installés de longue dates dans le paysage éditorial, proposent pour cela des récits complexes, posés, à multiples niveaux de lecture, des auteurs plus jeunes, à l’image de Bastien Vives cherchent à marquer les esprits par des récits coups-de-poing, à l’effet instantané, à la frontière de la provocation.

 

C’est cette attitude de chacun face au récit court qu’il sera intéressant d’observer dans les prochains numéros.

 

Toutes les images de cet articles sont copyright leurs auteurs et les éditions Casterman

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