Watertown de J-C Götting: « Demain je ne serai plus là »

Article publié dans le numéro de mars 2016 de l’Orient Littéraire, supplément mensuel du quotidien L’Orient le Jour et disponible sur le site du journal à cette adresse: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6436

 

Après une plongée, entre Paris et New York, dans le monde glamour de la prestidigitation avec La Malle Sanderson (Delcourt, 2004) puis celui des villas ensoleillées des magnats de l’industrie de la chanson dans Happy Living (Delcourt, 2007), Jean-Claude Götting plante sa nouvelle histoire dans une modeste ville de l’arrière-pays américain, Watertown. La ville existe, au coeur du Massachusetts. Pourtant le nom aurait pu être imaginé par Götting lui-même, tant il porte en lui le goût suranné, la langueur et la nostalgie de ses histoires.

 

img_1265-1Années 50. Phillip, employé d’une société d’assurance arborant une moustache sage, passe comme chaque matin par la boulangerie de M. Clarke. Lorsqu’il dit « À demain » à Maggie, la jeune boulangère, c’est d’abord par habitude. Il ne s’attend certainement pas à l’entendre lui rétorquer : « Non. Demain je ne serai plus là. » Le lendemain, plus de traces de Maggie en ville, et, étrange coïncidence, le corps de M. Clarke est retrouvé, inanimé, victime d’un bête accident ménager. Deux ans s’écoulent avant que Phillip, de passage dans une ville voisine, croise à nouveau le chemin de Maggie. Mais celle qu’il identifie porte un autre nom et ne le reconnaît pas en retour. Il n’en faut pas plus à notre assureur pour se rêver détective et s’accorder la discutable légitimité de creuser dans le passé de la jeune femme.

 

Götting laisse couler les années entre chacun de ses albums, années durant lesquelles il reprend sa casquette d’illustrateur et de peintre. Sa famille artistique ? Des illustrateurs parisiens comme Loustal ou François Avril, qui déclinent, chacun à sa manière, un goût pour l’élégance. L’élégance de Götting est celle de l’Amérique des années 50, qui correspond si bien à sa technique. Car Götting est l’homme d’une technique, trouvée un beau jour, au hasard de ses expérimentations, et qu’il n’a plus lachée. Un mélange de touches de gouache et de crayons charbonneux, posé sur un arrière-plan à la texture granulée proche de celle des vieilles photographies.

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L’auteur raconte d’ailleurs que c’est l’achat sur Ebay d’un album photo d’une famille américaine de la moitié du siècle dernier qui fut à l’origine de Watertown. Et c’est justement l’impression d’avoir affaire à un album de vieilles photographies, miraculeusement disposées dans un ordre faisant séquence, qui prime lorsqu’on lit l’album. Des arrêts sur image, où le mystère ambiant est, paradoxalement, rassurant. Götting fait des polars, mais des polars sans excès, sans surplus d’adrénaline, ni dans les images, ni dans le texte. Tout en retenue, économe en dialogues, il choisit avec parcimonie les mots qu’il met dans la bouche de ses personnages.

 

Si le grand public le connaît surtout à travers ses illustrations de couvertures –  devenues iconiques  – de la première édition française de la série jeunesse Harry Potter, Watertown nous rappelle que Götting est un auteur complet majeur, dont la patience et la fidélité à lui-même bâtissent au fil des albums, doucement, un univers cohérent et marquant.
Toutes les images qui illustrent cet articl sont copyright Jean-Claude Götting et les éditions Rue de Sèvres.

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