Les destins croisés de Cyril Pedrosa

Article publié dans le numéro de décembre 2015 de l’Orient Littéraire, supplément mensuel du quotidien L’Orient le Jour et disponible sur le site du journal à cette adresse: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=65&nid=6331

 

Depuis son entrée dans la collection « Aire libre » des éditions Dupuis, la production de Cyril Pedrosa donne le sentiment d’une éclosion. Il y débuta avec Portugal, une autofiction dense relatant le séjour au Portugal d’un auteur de bande dessinée à la recherche d’un retour à des sources qu’il n’a au fond jamais connues. Il avait alors proposé un graphisme mêlant à sa virtuosité d’ancien animateur des studios français de Disney, un traitement plastique innovant, fait d’effets d’aquarelle et de transparences, faisant s’entremêler et se superposer les différents éléments qui composent ses dessins. Cyril Pedrosa revient aujourd’hui avec un récit strictement fictionnel : Les Équinoxes. Fort de plus de 300 planches, cet album ample s’intéresse à tour de rôle au destin de nombreux personnages pour mieux les croiser ensuite.

Les_Equinoxes

Il y a deux manières d’englober un monde dans une histoire : chercher l’universel dans un destin individuel, ou élargir le champ d’étude et élaborer un récit choral. C’est le choix de Pedrosa dans Les Équinoxes. Un vieil homme abandonnant son engagement écologiste alors que cet activisme avait structuré sa vie. Son fils qui reprend le flambeau et assiste à l’immobilisme du père. Une lycéenne, fille de famille décomposée, découvrant ses premiers émois artistiques. Son père à la solitude paralysante. Un technicien de chantier en fin de carrière…

 

Le récit choral de Pedrosa joue à tisser des liens entre ces personnages. À la manière d’un Cédric Klapish auquel on aurait retiré la légèreté. Car Cyril Pedrosa, pour décrire la condition de ses personnages, ne veut pas tricher. Il n’y ajoutera pas sans raison une pincée de frivolité. Il s’agit pour ses personnages non pas de finir heureux, mais de trouver leur juste place et leurs justes actions dans ce monde. Ce n’est pas une mince affaire lorsqu’ils sont, comme dans Les Équinoxes, autant le fruit de leur appartenance sociale que de leur condition personnelle. Le risque était grand de perdre le fil à force de fixer sa caméra sur l’un ou l’autre. Il fallait du ciment qui raccroche ces histoires individuelles entre elles. Ce rôle est tenu par le personnage d’une jeune femme photographe : elle croise leur route le temps d’un instant furtif. Les clichés volés qu’elle tire de chacun, les interprétations qu’elle en extrapole, évoquent sans difficulté la position de Pedrosa lui-même face à ses personnages.

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L’album alterne les pages de texte, parfois denses, et les planches de BD, impliquant un accord tacite entre l’auteur et le lecteur : celui de prendre le temps de s’attarder, de faire des arrêts sur images, et d’accepter que le flux narratif soit interrompu pour mieux creuser les personnages. Ajoutons à cela une série d’interludes qui rythment l’album, mettant en scène un jeune enfant sauvage, solitaire qui, au fil des séquences, apprend à se rapprocher des autres humains : le récit choral prend alors sens, et se révèle être une ode aux liens.
Pour lire Cyril Pedrosa raconter cet album avec ses mots: une belle interview sur le site Le Calamar Noir: http://www.lecalamarnoir.fr/actus/cyril-pedrosa-tous-les-liens-qui-nous-unissent-aux-autres-comptent/

 

 Toutes les images qui illustrent cet article sont copyright Cyril Pedrosa et les éditions Dupuis.

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