La Revue dessinée : la BD confrontée au monde

Article publié dans le numéro de janvier 2016 de l’Orient Littéraire, supplément mensuel du quotidien L’Orient le Jour et disponible sur le site du journal à cette adresse: http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=46&nid=6367

 

La tendance se fait sentir depuis plusieurs années : la BD investit de plus en plus le champ du réel. Si les années 90 ont propulsé l’autobiographie au rang d’un genre majeur du neuvième art, cette incursion dans le réel a, depuis, également mené beaucoup d’auteurs de fictions à tenter l’expérience de devenir, le temps d’un projet, témoins du monde, reporters, journalistes.

 

Souvenons-nous d’Étienne Davodeau et ses Ignorants (Futuropolis, 2011), ou Emmanuel Lepage embarquant sur les côtes des Terres australes et antarctiques françaises dans Les Îles de la désolation (Futuropolis, 2011), ou le marquant Photographe de Guibert, Lefevre et Lemercier, mêlant photographies et bande dessinée (Dupuis, 2003).

 

D’objet de fiction, la bande dessinée devient un outil pour communiquer le monde, et glisse au cœur des événements, dans ce mouvement merveilleusement décrit par l’écrivain Alessandro Baricco dans son essai sur la culture contemporaine Les Barbares, et qui pousse les livres à quitter petit à petit leur nature d’objets autonome et auto-suffisants, pour devenir des « bande passantes », faisant partie d’une expérience plus large du monde, d’un flot, et ne pouvant plus s’en détacher tout à fait.

 

C’est cette nature d’outil pertinent pour déchiffrer le monde réel, qui est consacré par le trimestriel La Revue dessinée, publication singulière dans le monde de la presse, exclusivement composée de reportages en BD.

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Lancée en 2013 par le dessinateur Franck Bourgeron, La Revue dessinée sort aujourd’hui son dixième numéro. Un numéro qui dénote du soucis de varier les tons et les approches : On saute, au fil des pages, du témoignage poignant de policiers intervenus lors des attentats de janvier à Paris illustrés avec un réalisme photographique, à une enquête analytique au cœur de la folie des constructions de parcs d’attractions, mise en scène par un dessin léger et décalé, en passant par l’actualité scientifique (enjeux du réchauffement climatique), ou économique (négociations du Traité de libre-échange transatlantique) jouant de la mise en page pour mêler narration et didactisme.

 

Mais l’expérience la plus pertinente n’est-elle pas ce reportage sur l’affaire de la mort du Juge Borrel, ce magistrat français, dont les résultats d’enquête attestent un jour la thèse du suicide et un jour celle de l’assassinat ? Récit du journaliste David Servenay mis en bande dessinée par Thierry Martin, ces plus de 60 planches sont l’exemple de l’alchimie possible entre la BD et le journalisme : Thierry Martin use de tous les outils du raconteur : un dessin forgé par la narration de fiction, une richesse de mise en scène immersive, un jeu subtil de succession de narrateurs, tout en restant dans le ton de réserve propre aux comptes rendus journalistiques.

 

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On ne boude pas le plaisir de redécouvrir à chaque page ce que des outils de narration dessinée peuvent apporter à l’info. Bien au-delà de la facilité de lecture, la BD, puisant dans sa tradition de fiction, propose une immersion qui n’a de cesse de ramener le ressenti à la surface des faits.

Le site de la revue: http://www.larevuedessinee.fr

Toutes les images qui illustrent cet article sont copyright leurs auteurs et La Revue Dessinée.

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